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La Villa Napoleons par ses architectes

A l’heure où innovation et accélération dominent nos vies, comment préserver et créer, voire recréer du lien social ? Les villes sont au cœur des nouveaux enjeux du vivre et du faire ensemble. Et Arles, avec qui nous partageons une histoire commune depuis 2015, l’a bien compris notamment dans son choix de développer des industries culturelles et créatives. Pour apporter notre pierre à l’édifice et parce qu’il nous apparaît comme primordial d’ancrer notre action dans un espace et de donner une pérennité à nos missions, les Napoleons créent la Villa Napoleons à Arles en réhabilitant l’Ecole Portagnel de façon durable et innovante. 

Nous souhaitons y agréger notre capacité à créer des rencontres inédites et engagées entre tous les acteurs de la société dans cette « Villa Médicis de l’Innovation », un espace de co-living de la connaissance. Loin d’un tiers-lieu, la Villa sera un lieu agrégateur, hybride et commun, intergénérationnel et interdisciplinaire entre esprit et action où la transmission, le partage des connaissance et l’égalité des chances seront incarnés au travers d’une programmation culturelle, des formations et d’autres initiatives à imaginer ensemble. 

Pour réaliser ce projet, Les Napoleons ont choisi les architectes d’Encore Heureux et BKClub, deux agences aux approches complémentaires, qui réunissent ancrage local, démarche environnementale et une vision des futurs usages du bâtiment, « une architecture de l’attention plutôt que de l’intention pour répondre aux défis de notre époque. » 

Qu’est-ce qui vous a attirés dans le projet de la Villa des Napoleons ? 

Nicola Delon : « Souvent les meilleurs projets naissent de la contrainte. Avec la Villa des Napoleons, on ne part pas sur une page blanche. Il y a un bâti existant ancien, un lourd historique des usages, le tout dans un contexte patrimonial fort et un tissu urbain dense. L’autre défi qui nous a attirés, c’est de trouver une concordance entre contenu et contenant. Les Napoleons ont exprimé le besoin d’un lieu pour s’inscrire dans la durée, mais le projet en lui-même n’était pas encore complètement arrêté, nous avons pu proposer des choses pour le faire mûrir. » 

De quel type de bâtiment et de milieu urbain parle-t-on ici ? Quels sont les défis inhérents à ce projet ? 

Clotilde Berrou : « La Villa Napoleons va s’installer dans une ancienne école d’Arles, l’Ecole Portagnel, un bâtiment figé depuis les années soixante, sans couche contemporaine, en plein cœur d’une ville patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est un bâtiment traversant, mais pas traversé, et ce projet doit permettre aux Arlésiens de redécouvrir ce lieu en créant une nouvelle circulation entre les rues Portagnel et Augustin Tardieu. Mais dans un tel secteur, on ne peut pas retirer la moindre virgule au bâtiment, il est sanctuarisé.  

Nicola Delon : « Mais cette sanctuarisation ne veut pas dire que nous ne pouvons pas trouver de nouveaux usages et exploiter tout le potentiel de ce bâtiment exceptionnel. La grande cour à elle seule offre de belles possibilités. A nous de trouver la finesse d’intervention, de définir ses curseurs, de trouver aussi un sens au projet, car on ne peut pas transformer un bâtiment sans transformer la façon dont on y vit, comment on s’y déplace. » 

Quelle est votre approche sur cette rénovation durable et en termes d’inclusion dans le territoire ? 

Nicola Delon : Nous voulons consommer le moins de matière et d’énergie pour transformer les bâtiments et pour continuer de vivre car nous sommes face à un épuisement global des ressources. Avant tout, il faut partir des bâtiments existants, c’est ce qui a le moins d’impact. On n’a plus le droit d’étaler les villes, d’agrandir les périphéries, il faut d’abord occuper l’existant. La deuxième approche, c’est l’attention aux matériaux employés, en récupérant les matériaux sur place pour du réemploi et en valorisant les matériaux biosourcés (bois, fibres, terre) chaque fois que l’on peut. La grande chance de ce projet, c’est le territoire arlésien et la proximité de la Camargue qui a toute une économie biosourcée qui se met en place : la paille de riz en est un bon exemple.  

Enfin nous visons une sobriété technique qui permettra d’anticiper les consommations d’énergie inhérentes à la vie du bâtiment, notamment avec les systèmes de rafraîchissement et de ventilation. 

Quelle est la place de l’innovation dans le chantier de la Villa des Napoleons ? 

Nicola Delon : « Notre approche de l’innovation ne porte pas en premier lieu sur la technologique ou la technique, mais plutôt sur la façon de penser les bâtiments, de concevoir la réversibilité des usages, une architecture avec une plasticité face aux changements de la société. Sur la question technique, nous n’avons pas encore avancé sur des démonstrateurs, mais nous préférons stabiliser le cadre dans lequel la technique pourra s’insérer ensuite. Pour avoir un lieu d’innovation, il faut construire du vide, un lieu qui soit capable d’accueillir des choses qu’on ne peut pas imaginer aujourd’hui. C’est contre-intuitif, mais il faut penser le pérenne à l’aune du provisoire. Le programme de la Villa des Napoleons, dans sa diversité, nous pousse déjà à penser cette réversibilité et c’est en ça qu’il est novateur et intéressant. 

A quel horizon la Villa pourrait-elle être livrée ? 

Nicola Delon : « Nous sommes en pleine phase de validation, après l’étude et la conception Nous avons bon espoir que le chantier puisse commencer à l’automne 2021. Ensuite on sera sur un temps de travaux d’un an voire un an et demi, sachant que c’est une réhabilitation et que ce genre de projet réserve toujours des surprises. On découvre des choses au fur et à mesure du chantier. » 

De gauche à droite : Nicola Delon (Encore Heureux), Clotilde Berrou (BK Club) et Marc Kauffmann (BK Club)

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