Edito

Retour à l’essentiel

By Pascal Béria

Où en est-on de notre monde d’après ? De cette promesse que nous avions tous plus ou moins faite de revenir aux questions fondamentales ? Cette course à la raison d’être qui devait enfin nous rapprocher de l’essentiel ?

Bonne nouvelle. Cet « essentiel », auquel nous aspirions est resté au centre des débats. Mais il a eu tendance à glisser de la sphère des grandes idées vers celle du « business as usual ». Une question de survie. C’est donc récemment sur la nature « essentielle » et « non-essentielle » de nos commerces qu’il a fallu se positionner. « Il y a un truc de très angoissant dans cette catégorisation de l’essentiel » déclarait récemment le romancier Emmanuel Carrère. C’est vrai que, d’une certaine manière, fixer ce qui est nécessaire à la société revient un peu à dire que le reste est futile, voire inutile. C’est d’une rare violence pour tous ceux qui sont désormais réduits à regarder le match depuis le banc de touche. Insignifiants.

Pourtant, s’il devait rester un sujet sur lequel être tous d’accord, c’est bien celui-ci. « Pour de nombreuses créatures, il n’existe en ce sens qu’une seule nécessité vitale : la nourriture » écrivait le naturaliste Henry David Thoreau, celui qui voulait « n’affronter que les actes essentiels de la vie » en choisissant de vivre au fond des bois du Massachusetts. L’essentiel est un peu ce qui reste quand on a enlevé tout le reste. Il y a indéniablement, dans cette idée, une exigence de résignation dans laquelle se retrouvent beaucoup de courants actuels.

Pourtant, l’essentiel ne reposerait-il pas au contraire sur notre capacité à nous affranchir de ce modèle déterministe de Maslow. A sortir de ce carcan résigné qui déciderait pour nous ce qui est fondamental à notre existence et ce qui ne l’est pas. Ce serait quand même plus réjouissant. « Le superflu, chose si nécessaire » disait Voltaire. Choisir le futile c’est affirmer la richesse de nos singularités. Et si l’important porte aujourd’hui sur la découverte d’un vaccin, au nom de quoi le besoin d’accéder à la culture serait plus nécessaire que celui de boire une bière en terrasse ou de se surstocker en rouleaux de PQ ? L’essentiel est singulier. Ça n’empêche ni le respect des envies des autres, ni la solidarité.

L’essentiel a ainsi beaucoup à voir avec la normalité, avec le retour à la futilité légère de nos actes quotidiens. Et en la matière, on est bien d’accord que cette normalité, c’est un monde d’après où l’on pourra de nouveau se voir tous ensemble et s’en réjouir. Ça, pour nous aux Napoleons, c’est essentiel…

Article extrait de la newsletter « The Napoleons Report » – 025
Image par Brandon Blinkenberg, CC BY 2.5


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