Edito

Retour vers le futur

By Pascal Béria

Ce 21 Octobre seront célébrés en ligne, comme il se doit désormais, les 25 ans de la « Wayback Machine ». Si cette réalisation ne vous dit rien, sachez qu’elle constitue un parfait vestige de l’utopie numérique qui a traversé les années 90.

A l’origine de ce projet, on trouve Brewster Kahle et Bruce Gilliat, deux ingénieurs idéalistes, parfaites incarnations des gourous technophiles de l’époque qui se mettent en tête d’archiver et rendre accessible tout ce qui circule sur le Web. Tous les sites mis en ligne, bien entendu, mais aussi et surtout leurs évolutions au fil du temps. Une machine à remonter le temps devenue indispensable pour quiconque souhaite s’attaquer à une archéologie du Web. Si vous voulez voir à quoi ressemblait le site des Napoleons en 2014, quand tout a commencé pour nous, c’est aussi simple que ça.

Derrière l’anecdote, cette célébration remet au goût du jour certaines questions fondamentales qui traversent notre époque. La « Wayback Machine » démontre d’abord qu’Internet, qu’on présente souvent comme une mémoire universelle, ne constitue finalement qu’une image figée et souvent amnésique d’un moment donné.  

Cette « machine » reproduit aussi cette obsession qu’ont les êtres humains à vouloir archiver et classer les savoirs, de peur sans doute qu’ils ne leur échappent. L’ambition de Kahle et Gilliat n’est pas très différente de celle qui a conduit la construction de la bibliothèque d’Alexandrie ou du Mundaneum, cette autre utopie des années 20 cherchant à classifier le Monde sur fiches bristol. Si la machine a aujourd’hui remplacé l’archiviste, l’œuvre n’en demeure pas moins titanesque. 600 milliards de pages web sont aujourd’hui archivées sur la « Wayback Machine ». De quoi bien occuper ses temps de procrastination.

« Un peuple qui ne connaît pas son passé se condamne à le revivre » disait un certain Churchill. Si la mémoire n’est en aucun cas une garantie de probité, elle est une condition nécessaire pour gouverner. Ce n’est pas qu’une question de devoir de mémoire. C’est aussi une affaire de socle commun permettant de faire société. A ce titre, la « machine » de Kahle et Gilliat est un outil essentiel pour construire une mémoire collective dans un univers d’obsolescence et de course à l’information instantanée. Reste à espérer que les candidats déclarés ou non à la prochaine présidentielle s’en souviendront…


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