Emancipons, émancipons, il en restera toujours quelque chose

L’émancipation continue de nos jours à inspirer les luttes sociales et idéologiques et cherche à faire disparaitre toutes les puissances qui nous gouvernent, qu’elles concernent nos emprises physiques, les archétypes culturels, les hiérarchies, des carcans du salariat, les traditions parfois archaïques dans lesquelles nous évoluons. Jusqu’à notre condition humaine remise en cause par les courants transhumanistes ou désormais la machine. Autant de chaînes à faire sauter.

Au même titre que le progrès, aucun pan de la société n’échappe au besoin d’émancipation.

Avec un certain recul, on est en droit de se demander si cette émancipation systématique est nécessaire ? Si la tradition porte vraiment tous les défauts réactionnaires dont on l’accable ?

Et si l’émancipation n’était finalement pas qu’une injonction de la modernité, portée par des métarécits dont il faut peut-être aujourd’hui se méfier ?

Celui dominant de la révolution industrielle, dont le discours d’émancipation par le travail et le salaire a poussé nombre de paysans devenus ouvriers à « s’aliéner à la machine ». C’est celui de l’émancipation de l’individu, qui passait par l’avènement de l’automobile dans les années 50 et qui a largement contribué à façonner nos villes et nos modes de travail aujourd’hui remis en question. Les lobbys du tabac ont aussi contribué à façonner une iconographie de l’individu libéré. Emancipation et consommation se sont alors fortement mélangées jusqu’à parfois se confondre. Ce fut aussi le cas pour la condition féminine, dont les innovations ont surtout contribué à accentuer les archétypes sexuels et domestiques. C’est enfin, bien entendu, le grand récit de la cybernétique, puis de l’ordinateur individuel et d’Internet dans lequel nous baignons. 

Les promesses d’émancipations du passé ont fait place à de nouvelles aliénations. Et si nous sommes plus libres de nos mouvements, nous le sommes au détriment de notre dépendance et de notre vie privée. Travail, mobilité, consommation, connectivité. Toutes ces émancipations successives sont des récits contemporains qui sont aujourd’hui fortement remis en question. Se libérer de ces métarécits résonne comme une nouvelle forme d’émancipation. Une mise en abîme qui questionne ici bien entendu les tendances à l’injonction paradoxale de l’innovation auxquelles nous sommes soumis. Investir dans l’IA avant d’être dépassés. Être le premier à poser le pied sur Mars. Faire de la France une Start-up nation sont les nouveaux récits porteurs d’espoirs.

Mais pour aller où ?

Oups!

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